Salut !
J’espère que tu vas bien.
De mon côté, ça fait 3 mois que cette newsletter est dans les tuyaux. J’en suis à la 4e version et la dernière je l’ai écrite dans le train, avec un wifi au top du top et un trauma que je dois régler suite à l’achat d’un sandwich à 25 balles (je sais j’exagère, mais dans la vie il y a la réalité, et le ressenti).
Ce matin j’ai tout effacé, mais la SNCF a été plus inspirante que je ne le pensais, tu vas comprendre.
« Bien joué JP, ça valait le coup d’attendre aussi longtemps pour t’y mettre ! »
Ce dont je vais te parler te concerne, me concerne, et concerne les gens qui se retrouvent face à toi au quotidien, et peut-être même au-delà.
Je te le raconte parce que j’aurais aimé que quelqu’un me le dise, me le montre. Parce que je vois pleins de gens géniaux se perdre… des très bons être invisibles, et d’autres avoir une visibilité qu’ils ne méritent peut être pas…
Je t’écris aujourd’hui, parce que naviguer dans ce métier les yeux ouverts, en exerçant avec intégrité dans un marché qui en manque parfois, c’est mieux que de se faire embarquer sans voir les panneaux défiler.
Et ça commence par une simple question, celle que je pose à toutes les personnes que j’accompagne depuis bientôt 7 ans.
« À quoi je participe ? »
Elle permet de révéler ce à quoi tu te consacres au quotidien.
C’est le pilier de ce qui rend ta manière d’aborder ton travail unique. Pour moi elle est fondamentale, parce que lorsqu’on décide de se reconvertir dans l’accompagnement, c’est rarement dans le but d’avoir un business model rentable et stratégique.
Franchement, serrurier, plombier ou spécialiste de l’IA aurait été plus judicieux en terme de rentabilité. Devenir accompagnant part souvent d’un élan du cœur, d’une envie profonde d’aider l’autre au-delà de soi.
Mouais… enfin c’est ce que j’ai cru pendant un moment.
Depuis 7 ans que j’aide des accompagnants à vivre de leur activité, j’en ai vu passer des réponses diverses et variées, avec son lot de dissonance cognitive, de convictions profondes, de biais de confirmation, d’envie de changer les choses, et aussi de sentiment de grandiosité mal placé.
Ce qu’on pourrait simplement résumer par ce que les Anglo-Saxons appellent le « storytelling to oneself ». En termes simples : l’histoire qu’on se raconte.
Et ça, on le fait tous. Mais à quel prix ? Et surtout avec quel impact sur le monde… et sur TON monde aussi.
Je vais te proposer un voyage. En train, forcément (merci la SNCF).
Un voyage avec des gares, des points de bascule, des quais qu’on quitte et des gens qu’on rencontre dans notre voyage et aussi qu’on laisse derrière.
Mais je te préviens, ce voyage est à double tranchant. Il peut t’émerveiller, te révéler, te dégoûter, te mettre en colère, te donner envie de tout larguer ou au contraire d’oser faire ce que tu procrastines depuis longtemps.
Alors si tu ne veux pas prendre ce risque, tu peux t’arrêter là. Aller scroller sur les réseaux. Je suis sûr que tu trouveras quelqu’un pour te dire ce que tu veux entendre.
Ready ?
GARE 1 – Le moment où tu n’aimes plus la direction
On est tous un peu comme dans un train.
Les rails, c’est ce qu’on a construit : le métier, la maison, l’entourage, la routine. La locomotive avance toute seule, c’est la vie. Les wagons sont pleins de gens qu’on a pas toujours choisis. Et la destination… c’est parfois celle qu’on t’a dit de viser et pas forcément la tienne.
Et puis un jour, tu regardes par la fenêtre.
« Mais… où est-ce qu’on va ? »
Pour moi c’était la promotion de la fête de la saucisse. Littéralement ! Je gérais des projets de comm dans une boîte pour des trucs pas toujours franchement utiles à la société, et je me disais que je ne participais à rien. Et puis il y avait ces affiches des fêtes de village « Diot Polente » (avis aux savoyards) et je me disais… la vache… c’est ça que tu retiendra de ta participation au monde ?!
Alors j’ai eu l’idée lumineuse de devenir thérapeute ! Servir à quelque chose, aider des gens vraiment à faire un truc utile !
Paye ton naïf (avec le recul, faire des affiches pour la fête de la saucisse, participait à donner du bonheur aux gens le temps d’une soirée… mais bon tant pis c’était lancé)
Cette envie, elle était et sincère. Elle était surtout humaine. Le problème c’est pas juste de vouloir descendre du train dans lequel on a l’impression de se perdre, c’est plutôt sain quand on y pense… le problème c’est ce qui se passe sur le quai juste après.
Parce que dès qu’on prend cette décision, le « storytelling to oneself » s’emballe. On se raconte la belle histoire, on rencontre des gens qui nous invitent à monter dans leur train à travers des vidéos sur internet, des rencontres.
Et à ce moment là, on voit uniquement les panneaux qui confirment qu’on prend la bonne direction. Des signes de l’Univers ! On ne voit plus ceux qui indiquent qu’on fait peut-être fausse route.
Le biais de confirmation dans toute sa splendeur, particulièrement féroce chez les gens qui veulent changer le monde et qui ont l’impression d’enfin trouvé leur nouveau train.
Tu veux mettre du sens ? Être libre ? Marre du patron qui te claque les dossiers sur la table ? D’un quotidien répétitif qui ressemble au film « Un Jour sans fin » ? Tu veux changer le monde ? Être utile ?
Ok, tu peux dans ce nouveau train. Pas de bol, on ne te dit pas qu’à l’arrivée, tu seras seul face à tes décisions, ton organisation, trouver des clients tous les jours, exercer ton métier, continuer à te former. Sans te parler du sentiment d’insécurité financière qui risque de t’accompagner pendant un bon moment.
Aider des gens de temps en temps c’est bien. Le faire tous les jours pour payer ton loyer et nourrir tes gosses, c’est un autre métier. Subtilité que l’univers a bizarrement oublié de mentionner dans ses signes.
En gros, tu vas changer de contraintes au quotidien, et tous ceux qui t’entourent vont embarquer avec toi.
Pourquoi pas ! Pour moi, ça a été une des meilleures décisions de ma vie, même si franchement je ne pensais pas que j’allais autant en chier !
Alors ? On y va ?
GARE 2 – Le nouveau train. Personne ne vérifie les billets.
Te voilà sur le quai. Décidé à monter dans ce nouveau train. Motivé, et le marché t’attend les bras grands ouverts, comme ces contrôleurs qui sourient trop largement et dont tu sens qu’il y a un truc.
Des formations en tout genre se présentent à toi : Coaching, PNL, hypnose, EMDR, constellation familiale, alignement des chakras, guérison par les sons, le buffet complet avec supplément cristaux si affinités.
Des certifications qui ressemblent à des diplômes sans en être. Des preuves « validées scientifiquement » parce que ça fait mieux sur la pub. Et la promesse qu’on peut « presque tout accompagner » avec six weekends de formation.
Pourquoi se faire chier avec 5 ans d’études !
J’ai lâché des milliers d’euros. J’ai passé des weekends en salle à apprendre la bienveillance, l’écoute active et j’en passe. Au bout du compte on m’a remis un diplôme plastifié et lâché dans la nature.
Billet composté, bon voyage.
Et le modèle économique de ce train là, il est beau. Les praticiens deviennent formateurs. Les formateurs forment des praticiens qui deviendront formateurs. Et tout le monde rachète les formations de tout le monde pour « monter en compétences ».
C’est propre, c’est rond, c’est perpétuel. Une pyramide de Ponzi du bien-être, avec des bols tibétains en guise de locomotive et de l’huile essentielle de ravintsara à la place du diesel. Le tout certifié ISO bienveillance.
Sauf que dans ce train, personne ne vérifie les billets, aucun filtre à l’entrée.
Tout le monde monte : Le futur praticien sérieux, le narcissique, celui qui va projeter ses propres problèmes non résolus sur ses clients sans s’en rendre compte, celui qui cherche une position d’autorité sur des gens vulnérables, ou encore celui qui sort d’un burnout et qui n’a pas encore digéré grand chose.
Pas grave, il a payé, il monte et tout le monde se débrouille à l’arrivée.
Un formateur me l’a dit un jour, avec le détachement de quelqu’un qui commente la météo : « Dans mon stage, il y avait 90% de dangers publics. » Et ? Tu en parles ? Tu continues à vendre des billets sans filtre ?
La réponse systémique tient en une phrase : « On forme à un outil. Les gens sont responsables de ce qu’ils en font. »
J’avoue ça m’a un peu choqué… mais bon, ce n’est pas partout pareil, il y a probablement des endroits sérieux qui font le taf de ne pas certifier tout le monde… oui hein ?
Ca m’a toujours interpelé : si tu formes quelqu’un que tu considère comme « dangereux », où se situe ta responsabilité vis à vis des gens que cette personne va accompagner ?
En même temps je comprends, pourquoi mettre des filtres à l’entrée ? Autant former un max de gens non ? Les former c’est les aider à être meilleurs.
Ce qui voudrait dire que tout le monde peut devenir thérapeute au fond si il travaille sur lui ! Merveilleuse nouvelle.
Ah merde c’est quoi déjà le truc ? « Tout est possible, on a tous les ressources en nous » ? Attends j’ai une formation sur « Incarne ta posture de thérapeute ».
GARE 3 – Le mec chiant à table
Admettons que ta formation soit sérieuse et que tu sois dans le bon wagon avec les bonnes personnes. Que tu aies vraiment appris quelque chose d’utile.
Qu’est-ce qui peut se passer ensuite ?
Une période plus ou moins longue, que j’appelle tendrement la période glorieuse.
Celle où on devient le mec chiant à table. Celui qui balance ses grandes phrases de développement personnel entre le fromage et le dessert, « Tu sais, ce que tu ressens là c’est peut-être lié à une blessure d’abandon non résolue… ».
« Ca va hein, j’ai lu les 5 blessures de l’Âme de Lise Bourbeau, tu es courbé et tu parles de ta mère tout le temps, facile ».
« Et puis les psy c’est des cons, après 5 ans d’études ils passent leur temps à t’écouter pendant 2 ans, alors qu’avec mon outil tu peux changer en 3 séances ». Je vous jure que je l’ai pensé… c’est mon psy qui va bien se marrer quand je vais lui raconter.
Bref, tes convives regardent leurs chaussures et toi tu te prends pour un sage.
Un Yoda du dimanche, mais en moins vert et moins concis. Les passagers de ton wagon commencent discrètement à changer de place mais tu y crois dur comme fer en te racontant qu’ils ne sont pas « prêts à bosser sur eux »…
J’y suis passé. #humilité #pardonnezmoi
Mais ce stade peut aller beaucoup plus loin que les dîners de famille gênants pour certaines personnes.
Parce que la grandiosité, ce sentiment d’avoir compris quelque chose que les autres n’ont pas encore compris, elle peut faire glisser le train vers des endroits qu’on n’avait pas prévus. Les gens autour commencent à nous prêter une autorité qu’on n’a pas revendiquée mais qu’on n’a pas non plus refusée.
Les ruptures familiales, les gens qui ont « compris » et qui descendent du train familial, parfois à juste titre, parfois poussés par quelqu’un qui leur a soufflé que leur vieux wagons les tirait vers le bas.
Des liens réels, précieux, irremplaçables coupés. J’en ai vu et pas qu’un peu.
Et les phrases qu’on balance par la fenêtre sans mesurer leur impact sur les passagers les plus fragiles. « Tu as toutes les ressources en toi »… encore et toujours.
Belle phrase, sauf pour quelqu’un en dépression profonde qui se demande depuis des mois pourquoi il n’arrive pas à les trouver. Pour lui, cette phrase confirme que c’est de sa faute s’il déraille.
« Éloigne toi des gens toxiques », pratique celle-ci. Sauf quand le toxique en question c’est le médecin qui essaie de dire que le suivi alternatif n’est peut-être pas le bon train.
Personne ne se lève le matin en se disant « je vais devenir un gourou malgré moi. »
Et pourtant, on peut le devenir progressivement. Sans voir les panneaux d’alerte défiler.
Surtout quand on passe son temps dans le même wagon que ses collègues formés comme nous, en mode colonie de vacances de l’entre soi, où tout le monde valide tout le monde, et conduisent certains à l’éloigner de la réalité du quotidien des gens qu’ils accompagnent.
Et en même temps… c’est normal, avec ce qu’on a appris, on peut « TOUT » résoudre… alors pourquoi s’en priver ?
GARE 4 – « Ne casse pas trop le rêve hein »
J’ai été sollicité à une époque par des centres de formation pour intervenir auprès de leurs stagiaires. Parler de communication, de développement d’activité, de comment se lancer.
Avant une de ces interventions, on m’a glissé une consigne. Discrètement, avec le sourire de quelqu’un qui te demande un service raisonnable.
« Ne casse pas trop le rêve hein. »
Oui oui.
J’avoue j’ai tenu 5 minutes vu que j’introduisais toutes mes interventions par cette phrase : « 85% d’entre vous qui êtes présents aujourd’hui auront arrêté dans les 3 ans ou n’en vivront toujours pas. »
Pas pour décourager, pour préparer. Pour que les gens sachent dans quoi ils embarquent vraiment avec leur argent, leur temps, leur famille, leur sécurité.
Apparemment c’était trop cash pour la direction du train.
Alors parlons en, du rêve. Il ressemble à quoi, le quai d’arrivée ?
Il ressemble à un cabinet bien rempli, une liste d’attente, des clients fidèles, une activité qui tourne.
Beau programme. La réalité, elle, ressemble davantage à regarder son agenda vide avec l’espoir qu’il se remplisse tout seul.
Rares sont ceux qui arrivent à avoir trois mois d’avance sur leur planning. Rares, pas inexistants.
Parce que dans la vraie vie, les gens ont besoin d’un médecin, d’un garagiste, d’un boulanger, d’un maraîcher.
Ce sont des wagons indispensables, qui se remplissent quoi qu’il arrive.
Toi, praticien, thérapeute, coach, t’es pas dans cet horaire là.
T’es dans le train facultatif, celui qu’on prend « si j’ai le temps, si j’ai l’argent, si j’en ressens le besoin ».
La société ne t’a pas mis dans les trains essentiels, c’est pas un jugement. C’est le marché.
Et sur ce réseau désormais saturé où tous les trains se ressemblent, beaucoup de praticiens attendent sur des quais vides.
Alors les gens m’appellent, trois ans après : « JP, il me reste 3 mois de chômage. J’ai toujours pas de clients. Je dois gagner 2000 balles. »
Des gens qui ne partent plus en vacances, qui n’ont plus les moyens de s’occuper de leurs gosses comme ils voudraient.
Pas parce qu’ils sont nuls, parce qu’on ne leur a pas dit toute la vérité sur la destination.
Parce qu’on leur a vendu un billet première classe pour un train qui n’existe peut être pas.
Les centres de formation se vident aujourd’hui et des praticiens il y en a de partout. Tellement que le grand public ne sait plus où donner de la tête.
Les pratiques déviantes et à risques sont de plus en plus dénoncées dans les médias… tant mieux, mais le bébé du bien être est jeté avec l’eau du bain petit à petit.
« Mais c’est la faute à la conjoncture JP ! »
Bien sûr, pas du tout à 10 ans de billets vendus sans penser aux conséquences et sans se soucier de la réalité de la destination finale.
Et sur les cendres de tout ça, arrivent les requins du business en ligne, ceux qui n’ont jamais mis un pied dans un cabinet et qui achèvent ton compte en banque avec des promesses de « 0 à 5000€ par mois » et « remplis ton cabinet en 30 jours. »
On a créé un réseau ferroviaire du bien-être, puis un réseau pour aider les gens du bien-être à survivre sur leur réseau.
Des correspondances jusqu’en enfer avec un billet vendu à chaque étage.
Responsabilité personnelle ? Certes, je ne comprendrai jamais qu’on se lance dans une reconversion sans anticiper son business model, sa communication, sans faire d’étude de marché…
Mais je pose la question quand même. Certains Centre de formation qui savent que beaucoup de ses stagiaires n’en vivront pas, et qui continue à vendre des billets à tout le monde… à quoi est-ce qu’il participe ? Pourquoi, aucun filtre à l’entrée pour s’assurer de la stabilité psychologique d’un futur accompagnant ?
Ah oui c’est vrai, ceux-là ne forment seulement qu’à un outil j’avais presque oublié, même si dans l’intitulé il y a souvent marqué « Formation de Praticien ».
GARE 5 – En face, il y a des gens
Dernière gare avant le terminus.
On a le droit de croire ce qu’on veut. Vraiment. Cristaux, constellations, soins énergétiques, liberté totale, je suis pas là pour contrôler les billets.
Mais on n’a pas le droit de facturer sa croyance à des gens en souffrance en leur faisant croire que c’est une certitude. Pas le droit de vendre un billet pour une destination que nous considérons comme merveilleuse sans savoir de quoi a besoin l’autre.
Et la frontière entre les deux, on la franchit souvent sans voir le panneau par excès de conviction.
Parce qu’on y croit tellement qu’on ne voit plus les trains qui déraillent. Parce que les passagers vulnérables sont reconnaissants et que leur gratitude peut ressembler à une validation de quelque chose qui n’est en réalité qu’une dépendance bien installée dans le wagon.
Le biais de complaisance dans toute sa splendeur : on s’attribue les réussites, on externalise les déraillements. « Si ça marche pas, c’est que le client résiste. » Pratique. #leseulobstaclecesttoimême
Et toi aussi. Si tu n’arrives pas à te sentir légitime dans ta pratique (probablement à juste titre surtout si tu débutes, c’est même plutôt sain), c’est que tu dois avoir un problème.
Je t’ai déjà parlé de ma nouvelle formation ? Qui permet de rompre avec ton arrière grand-mère qui n’a jamais osé dire à papy que c’était un gros con, et du coup aujourd’hui c’est pour ça que tu n’arrives pas à oser communiquer sur ce que tu fais ?
« Hey ! En plus tu as l’air doué et je sens que tu vas pouvoir aider pleins de gens avec ça, j’ai une formation pour que tu l’utilises avec tes clients »
Bref… le retour de la pyramide…
Alors creuse tes sujets. Des méthodes révolutionnaires il en sort tous les jours… Ne gobe pas ce que les chefs de gare de ton secteur te racontent parce que ça sonne bien dans le couloir du wagon. Confronte tes certitudes, renseigne toi sur ce que tu pratiques, ses limites, ses zones grises, les correspondances que tu ne maîtrises pas.
Oriente vers quelqu’un d’autre quand c’est nécessaire.
Parce qu’en face de toi, il y a des gens. Des vrais… Avec des vraies vies, des vraies fragilités, des vraies familles. Qui font confiance, qui méritent que t’aies vérifié ta destination avant qu’ils montent dans ton train.
Et ta légitimité, c’est à cet endroit là qu’elle se construit.
TERMINUS – Le train, le bateau, et l’histoire qu’on se raconte
Bon, je vais être honnête sur un truc.
La métaphore du train, c’est un peu de la merde.
Et je suis sûr qu’à un certain moment tu t’es dis « mouais ».
Parce que l’idée qu’on aurait chacun notre train, notre direction, notre quai personnel c’est encore une belle histoire qu’on se raconte pour se sentir libre et unique.
En réalité, on est tous sur le même bateau, au milieu de l’océan avec aucune terre autour.
Et chacun d’entre nous participe à l’équilibre de ce bateau.
Ce qui est dommage, et c’est là que tout se noue, c’est que certains sont prêts à arracher un morceau de coque pour sculpter un bilboquet à vendre aux autres passagers, histoire de les occuper et se faire un peu d’argent en se racontant une jolie histoire… pendant que le bateau prend davantage l’eau.
Quelqu’un m’a dit un jour dans une conversation sur le marché du bien-être « S’il y a une demande, il faut y répondre ».
Oui mais à quel prix ? Est-ce que toutes les demandes sont bonnes à répondre dans l’intérêt commun juste parce qu’il y a de l’argent à se faire ?
Moi j’ai ma réponse à cette question et je pense que tu l’as connaît.
Ne faut-il pas réfléchir à l’impact que les choses peuvent avoir sur la société, le monde, les gens, avant de proposer quelque chose ?
La vraie question à TE poser, celle du début, celle de la fin, celle qui revient toujours, elle est là :
À quoi je participe ? mais pas que…
Il y a le « quoi » ET le « comment j’y participe ».
Moi, j’ai mis du temps à y répondre honnêtement. J’ai accompagné des gens avec lesquels je n’étais pas toujours en accord. J’ai même dû vendre du rêve sans m’en rendre compte parfois… j’ai participé à ce système.
Parce que c’était confortable, que je me disais que je pouvais aider les gens à faire attention à ce qu’ils disent à leurs clients, parce qu’on ne se rend pas toujours compte de l’impact de ce que l’on fait.
J’ai failli ne pas casser le rêve parce qu’on me le demandait (5 minutes quand même !).
Ce que je n’ai jamais fait, jamais, c’est travailler avec quelqu’un quand je savais que je ne pouvais pas l’aider, juste pour faire du chiffre.
Ce que je veux continuer à faire, et c’est aussi ça mon taf au fond, c’est aider des gens à communiquer honnêtement sur ce qu’ils proposent.
A prendre conscience que chaque mot, chaque manière de pratiquer a un impact sur les gens qui les entourent.
Pour ne pas devenir par accident ce qu’ils n’ont jamais voulu être. Pour que la personne en face, celle qui a confiance, celle qui est fragile, celle qui cherche une bouée, reçoive quelque chose de juste pour elle.
On a tous une responsabilité, surtout quand on est confronté à la souffrance et qu’on vient nous demander de l’aide.
Je connais des gens extraordinaires qui malgré tous ces passages en gare font un travail formidable.
Des praticiens et des formateurs avec un sens de l’éthique, du professionnalise et une humanité hors norme, qui travaillent parfois dans l’ombre et ne savent pas comment faire pour aider plus de gens.
Alors oui, j’ai mon « quoi » et mon « comment »
Mais ma place n’est pas d’aider à vendre mieux, mais de participer à ce que ce grand bateau, sur lequel nous sommes tous, reste à flot, les uns pour les autres.
Ce sont les actes qui nous définissent, pas les beaux discours ni les bonnes intentions.
Et ça, c’est valable pour moi autant que pour toi.
Alors ?
Toi ? A quoi tu as participes ? Et comment tu as envie de le faire ?
Rendez-vous jeudi à 12h30 pour le prochain Débrief.
C’est tout pour aujourd’hui et c’est déjà pas mal !
A très vite 🚀
JP
PS : Le train est arrivé à l’heure ! La SNCF aussi participe à quelque chose. Je suis pas encore sûr à quoi vu les tarifs et la tronche du Wifi. Mais promis je vais y réfléchir.